La Redoute au XIXe siècle 
De 1815 aux années 1860, de nombreux édifices publics embellissent Saint-Denis. La plaine de La Redoute ne reste pas à l’écart des chantiers dionysiens. En 1843, un hippodrome est créé dans la partie sud de la plaine. Il est le lieu de rendez-vous de toute la colonie, venue « aux courses ». Trois ans plus tard, une caserne aux dimensions impressionnantes est mise en chantier au nord, face à l’océan Indien, caserne qui porte depuis le 14 juillet 1930, le nom de Caserne Lambert.
La Grande caserne d’infanterie de marine
Au début des années 1840, cinq compagnies d’infanterie de marine occupent un camp de fortune installé dans la plaine, à proximité du littoral. Ces troupes, basées à La Réunion, participent à l’expansion coloniale française. Afin de les loger dans de meilleures conditions, le directeur du Génie militaire J. Roux dresse au mois de juin 1842 les plans d’une caserne pour huit compagnies.
Quatre sites sont envisagés pour sa construction. Celui du Camp des Noirs de l’atelier colonial à La Redoute est retenu car il appartient au domaine public. Le 4 avril 1846, le contre-amiral Charles Léon Joseph Bazoche, gouverneur de Bourbon de 1841 à 1846, pose la première pierre de la caserne. Les travaux du rez-de-chaussée débutent d’est en ouest, ceux de l’étage dans le sens inverse. Au terme de trois années de travaux, la Grande caserne d’infanterie de marine est inaugurée par le gouverneur Joseph Napoléon Sébastien Sarda-Garriga, le 20 juin 1849. Le coût total des travaux s’élève à plus d’un million de francs. Les dimensions de cet édifice en « U » sont imposantes : 207 m de long pour la partie centrale avec deux ailes en retour aux extrémités. Elle est précédée d’une vaste cour, fermée en 1852 sur trois côtés par une grille en fonte de fer reposant sur un muret.
Au centre de cette grille d’enceinte, dans l’axe du portique central de la caserne, deux pavillons (un corps de garde et une conciergerie) marquent l’entrée du monument. Roux prévoyait la création de deux logements pour officiers aux extrémités est et ouest de la cour, projet non réalisé.
Les deux pavillons d’entrée ont perdu leurs toitures à quatre pans remplacées dans les années 1960 par des toitures terrasses en béton. La façade nord de la caserne impressionne toujours les visiteurs. Roux a dessiné un bâtiment aux proportions uniques dans la colonie, puisant son inspiration dans les modèles néoclassiques élaborés au début du XIXe siècle par les théoriciens de l’architecture.
Les piliers soutenant les arcs en plein cintre du rez-de-chaussée et les colonnes d’ordre toscan au premier étage confèrent un rythme aux galeries qui précédent le corps de bâtiment. Plus on se rapproche de ce dernier, plus l’élan vertical des colonnes se fait perceptible, contrastant avec la forte horizontalité du bâtiment. Une impression générale de grandeur se dégage de l’édifice, mais aussi d’élégance racée. L’intérieur du monument a subi d’importantes modifications, plusieurs campagnes de modernisation étant à l’origine de l’aspect actuel. Seule la cage d’escalier centrale présente encore les colonnes en fonte soutenant le plancher du premier étage. D’autres colonnes en fonte existent aussi à l’étage, portant une charpente métallique à voûtains, installée au début des années 1890.
Derrière la caserne, se trouve une cour de service, dotée depuis les années 1950-1960 de plusieurs constructions annexes. Au centre de cette cour, une cuisine circulaire (détruite) permettait jusqu’au milieu du XXe siècle de préparer les repas des centaines de soldats de la caserne.
